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Harcèlement

Cela fait maintenant un moment que je n’ai pas publié ici, j’ai eu besoin de me retrouver avec moi-même un certain temps. Le temps de souffler, de découvrir qui je suis et d’avancer. Une sorte de pause pour aller bien et m’éloigner de Instagram et ses dérives. De plus je n’ai jamais été douée pour m’exprimer alors vous imaginez bien que pour écrire des articles d’autant moins. Je ne suis pas un grand écrivain à New York, je ne suis pas une chroniqueuse dans son petit appartement, je ne suis pas journaliste en milieu de guerre, je ne suis pas tout ça et je ne le serais probablement jamais. Je ne cherche pas à l’être, je sais que je n’ai jamais été assez douée avec les mots pour ne serait-ce qu’en avoir le rêve et pourtant je dois vous avouer que bien souvent, plus que je ne peux l’admettre, j’espère pouvoir avoir un impact aussi minime soit-il sur notre monde, notre génération, avec les mots que j’utilise.

Un impact sur le monde n’est-ce pas ce dont on rêve tous un peu?

Comme si faire quelque chose de grand avait une réelle importance et que cela comblerait d’une manière, peu importe laquelle, notre vide interne. Ce dont on est persuadé qu’il nous manque, une importance aux yeux du monde. Ne pas être oublié, que l’on se souvienne de nous. On recherche tout au long de notre courte vie à combler ce que l’on a pas, ou bien l’on cherche à combler ce que l’on a déjà, on cherche à combler un manque et même à combler ce qui ne nous manque pas encore sans même se rendre compte qu’à notre petite façon on apporte quelque chose à ce monde. Il nous faut toujours plus, plus grand, plus gros, plus beau. Un plus grand rêve, une plus grande ambition, un plus haut grade, une plus jolie maison et au fond nous savons tous que c’est comme ça que notre monde avance, qu’il se façonne. Grâce à ces grandes personnes. Ce que l’on oubli par contre bien trop souvent de mon avis, c’est que les recherches avancent grâce à ceux qui sont dans l’ombre des personnes médiatisé. On sait tous que le monde change grâce aux grandes personnes mais cela est un rappel constant aussi à ceux qui n’accompliront pas les « grandes choses » dont ils ont le rêve, qu’ils ne sont rien alors que bien au contraire de ce que l’on semble vouloir nous rappeler par la médiatisation c’est avec la petite participation de chaque petit individu, de ces petites mains que notre société évolue. Ils apportent déjà bien plus que ce que nos yeux sont capables de voir, au-delà de ce que nos oreilles peuvent entendre, que notre esprit peut analyser. On ne voit pas aussi bien que l’on pense. On oubli simplement de regarder avec notre âme, avec notre coeur alors voilà pourquoi parfois je rêve d’avoir un impact avec mes mots, qui au fond ne seront jamais assez bien, assez beaux, assez impactant.

Aujourd’hui je ne reviens pas vers vous avec une chronique d’un livre que j’ai récemment lu, ni sur le dernier drama à l’eau de rose que j’ai vu. Je ne reviens pas avec une aventure remplie des couleurs orientales dans mes yeux pétillants de joie, pas non plus pour vous parler d’un trek dans la jungle dans les zones sauvages. Je n’ai pas à vous raconter une histoire farfelue sur le serpent que je n’ai pas vu ou sur l’araignée qui ne m’a jamais mordue. Je viens ici, pour parler d’un sujet plus sérieux, un sujet qui me tient à coeur. Un sujet dont on ne parle que trop peu, que l’on méprise, que l’on laisse dans un coin et dont chacun de nous a pourtant été d’une manière ou d’une autre touché, impacté ou témoin. Directement ou indirectement.

Il y a une forme de harcèlement particulièrement virulente depuis maintenant quelques temps, invisible pour ceux qui ne le subissent pas ou ignoré par les autres, méconnu de ceux qui passent outre de ces remarques affligeantes, blessantes, horrifiantes. Cette forme de harcèlement, comme n’importe quel autre harcèlement en ce monde, a le pouvoir de décision de vie ou de mort sur un être humain doté d’un esprit hyper émotif, affuté, dépressif, intellectuel ou tout simplement d’une personne subissant ces choses quotidiennement. Le quotidien est parfois le meurtrier numéro un causant bon nombre de suicide.

J’ai remarqué que rien n’est dit et que énormément de monde le pratique sur instagram, Facebook et les réseaux sociaux en général, bien plus pratiqué que ce que les gens sont prêt à l’admettre. Parfois sans même penser faire du mal à autrui, il sévit. Tout le monde se tait dit-on, je dirais plutôt que personne ne sait comment réagir.

Et il y a plusieurs catégories:

  1. Ceux qui viennent parler en privé pour dire qu’ils sont là si il y en a le besoin et dont on veut tant croire les paroles tout en sachant pertinemment qu’ils n’oseront jamais en parler ouvertement pour venir en aide à autrui.
  2. Ceux qui au grand risque de se retrouver au coeur même de ce harcèlement se battront pour aider leur prochain quand la situation dérape ou qu’elle leur semble injuste.
  3. Ceux qui ne font qu’observer sans pouvoir pourtant aider, c’est un blocage de l’esprit ou une peur enfouie.
  4. Ceux qui l’ignorent tout en sachant ce qu’il se passe, ceux là même qui soit n’osent pas toujours bloqué par la peur, soit ceux qui ne veulent pas s’encombrer de ce souci.
  5. Ceux qui apportent une aide invisible et dont le murmure a pu sauver.

Et je pense que je n’en cite qu’un quart, même pas la moitié. Je ne juge aucune de ces catégories. Nous avons tous nos peurs, nos troubles et notre propre tolérance à tout ça. Il m’est aussi arrivé d’avoir si peur que je n’ai pas pu aider directement, je n’ai pas pu intervenir sur le tas et chaque jour j’en ai l’immense regret, de n’avoir été que spectatrice sans n’avoir rien pu dire parce que je pensais ne pas en avoir le droit. Alors je ne me permets pas le jugement, je n’ai pas ce droit et sincèrement aucun de nous ne l’a. Il n’y a pas de bonne manière de réagir, chaque personne agit comme elle peut. Mais il y a des choses que chacun de nous est en pouvoir de faire. Des choses qui paraissent petites, riquiqui, si minuscules qu’elles ne paraissent n’être que grain de sable, un coup de vent, mais qui peuvent sauver une vie. Vous n’aurez pas la grandeur de pouvoir dire que vous avez été son sauveur mais le mérite de pouvoir à vous-même vous dire que vous avez au moins essayé, une manière d’apaiser son esprit et de pouvoir dormir en paix. Un soldat seul n’est rien face à l’ennemi, il peut faire front mais ne tiendra jamais assez longtemps, ce sont plusieurs petits soldats d’une armée en guerre qui pourront faire taire l’ennemi.

Un grain de sable n’est rien seul, mais accompagné il devient une plage.

J’ai fais des recherches, des tas et des tas parfois pendant des heures, j’ai regardé des films sur le sujet, lu des dizaines de livres qui aborde cette problématique et je me suis intéressé au harcèlement en général, qu’il soit de rue, sur internet, à l’école, par la parole ou par le geste et même si ce n’est que des connaissances très vagues que j’ai pu apprendre, je le connais un peu tout de même car il faut l’avouer, nous y avons tous eu droit sur le réseau Bookstagram, pour ceux qui font parti de ce réseau bien plus grand qu’il n’y parait. Quand notre propre peur s’impose pour nous empêcher d’agir il s’agit en quelque sorte d’une protection de notre esprit. Le cyber harcèlement quand l’on en parle comme ça, sans l’avoir un peu subie parait n’être rien ou pas si important seulement ce que la plupart des êtres humains ignorent est que c’est en parti l’une des causes les plus fréquentes des suicides de notre société et le plus grand malêtre de notre génération. Les conséquence du harcèlement sont graves alors cessons tous de croire que ce n’est rien, ou que ça passera. Cessons de penser que les harceleurs finiront par se lasser ou que les harcelés finiront par se rebeller. Cessons de penser que l’on sait ce dont on a aucune idée en réalité. On a souvent tendance à culpabiliser les victimes qui s’exposent sur internet, il faut bien remettre les choses à l’endroit et souligner le fait que rien ne justifie le harcèlement. Que ce soit une exposition sur internet, que ce soit le port de vêtement court, la prise de substances comme l’alcool ou la drogue, que ce soit une différence physique, de religion, de culture, absolument RIEN ne justifie un harcèlement ou une agression. On ne se « victimise » pas, on ne se fait pas harceler, agresser ou violer, on est harcelé, battu, agressé ou violé par un ou des auteurs qui commettent ces actes répréhensibles par la loi. C’est l’auteur qui transforme une personne en victime par un ou des actes répréhensibles par la loi, c’est l’auteur qui est responsable du statut de victime d’une personne et non l’inverse. Notre monde actuel a tendance à rendre la victime coupable, personne ou presque ne les entend, ne les reconnait, ne les secourt ni ne les comprend, et cela doit cesser. La violence est traumatisante. La violence qu’elle quelle soit. Outre les risques directs d’être tué ou d’être blessé physiquement, elle est aussi à l’origine de graves blessures psychiques : les psychotraumatismes. La méconnaissance de la réalité des violences, de leurs mécanismes et de leurs conséquences psychotraumatiques est au cœur de ces injustices, elle est à l’origine de beaucoup d’incompréhensions concernant les victimes, voire de leur remise en cause. Les victimes sont suspectées de mentir ou d’exagérer. Et si la victime a réussi grâce à des stratégies de contrôle très élaborées à apparaître comme « parfaitement normale et bien intégrée », comme cela arrive parfois, elle ne sera pas crédible alors car considérée comme allant trop bien par rapport aux violences dont elle se plaint! Le droit de la victime n’est pas pris en compte, ce qui est atrocement injuste car la victime avait le droit de vouloir sortir, d’avoir des amis, de ne pas être d’accord, de répondre ou au contraire de ne pas répondre, mais en revanche l’agresseur n’avait absolument pas le droit de la harceler, de proférer des menaces, de l’agresser. On porte accusation sur la victime, on ne lui vient pas en aide, on observe ou simplement on se contente de lui demander « pourquoi? », pourquoi elle n’a pas réagit, pourquoi elle s’est-elle laissé faire, pourquoi ne s’est-elle pas défendu. Trop de pourquoi, d’attente de réponse que la victime ne devrait pas entendre. Ces questions sous-entendent toutes qu’elle est pour quelque chose dans la survenue des violences, du harcèlement, qu’elle en est responsable d’une façon ou d’une autre, qu’elle ne s’est pas comportée de la bonne façon, qu’elle s’est exposée de façon irresponsable, qu’il y avait sûrement autre chose à faire qui aurait permis d’éviter ce harcèlement, qu’elle a tout faux, et qu’en dernier ressort c’était à elle de se protéger plus efficacement ou de mieux faire comprendre à l’auteur des violences qu’elle ne voulait pas ou qu’il ne fallait pas qu’il se comporte ainsi… « Il n’y avait qu’à faire ceci ou ne pas faire cela… ». Ces questions font l’impasse totale sur le fait que, quoiqu’il en soit, l’auteur des violences n’avait absolument pas le droit de les commettre, un point c’est tout.

Le harcèlement n’a pas de fondement objectif, il prospère sur le rejet de la différence : le harceleur stigmatise, critique, exagère les particularités d’une personne, par exemple: l’apparence physique (poids, taille, cheveux, sexe), l’identité (accent étranger, défaut de langage, couleur de peau, orientation sexuelle), la personnalité (timide, craintif, silencieux, bon élève, mauvais élève, l’habillement, les centres d’intérêt), la fragilité (deuil, handicap, problème de santé, divorce) ou la manière dont il perçoit son interlocuteur qui bien souvent n’est pas objective, ni même une représentation réelle de la personne.

Le cyber harcèlement est une forme de persécution par le biais d’internet, des réseaux sociaux, des mails, des sms…

Je constate une chose: nous avons vite fait de juger quelqu’un sur des simples mots sans connaitre le motif réel. Sans connaitre le pourquoi du comment, ou même ce qu’il vit. La manière dont nous sommes perçu sur le net me prouve une chose, le virtuel déforme la réalité de notre vie et l’image que les autres ont de nous est déformé jusqu’à leur faire croire que nous sommes ce qu’ils imaginent simplement par la manière dont nous avons pu nous exprimer. Le virtuel fait croire que si nous ne répondons pas à un message, nous sommes forcément en colère, dépité, lunatique, bizarre. Le virtuel persuade que si nous répondons d’une manière plus rapide, plus « sèche » c’est forcément que notre interlocuteur nous agace. Le virtuel force à penser que nous savons qui est la personne face à nous devant son écran. Mais la réalité, elle, est différente.

J’aurais cette tendance à penser que les réseaux sociaux détruisent bien plus qu’ils n’apportent. Le monde a tendance à croire qu’ils savent qui nous sommes dans notre manière d’être sur les réseaux sociaux et je trouve désolant que les gens pensent des autres des choses qu’ils ne sont pas ou qui ne définissent pas qui ils sont. La manière que nous avons d’être sur les réseaux sociaux va être aléatoire, il va arriver que nous répondions avec joie, entrain et couleur et parfois nous serons plus sec, froid, rapide ou triste. Les aléas de la vie font nos réponses. En aucun cas notre façon de répondre à un message ne définit notre personne, ni même le regard que les autres vont poser sur nous. Rien dans les réponses, si bien entendu elles ne sont pas virulentes, méchantes, horrifiantes (tous les mots qui finissent en « ante »), ne permet le jugement des autres sur notre personne ou ne justifie le cyber harcèlement.

N’oubliez pas, les mots d’aujourd’hui créent les maux de demain. Ils sont capables de détruire si ils sont mal formulés, mal placés ou simplement mal exprimés, ils ne causent pas des dégâts seulement quand ils sont dégradants, quotidien, méchants, répétitifs, obscènes, insultants. Savoir peser ces mots avant de les prononcer est important. Chacune de nos paroles ont un impact. Et cessons de rendre les victimes coupables.

La vie d’une victime traumatisée a donc tout pour devenir un enfer de souffrance et de solitude, enfer aggravé par le fait que tout le monde finit par considérer de façon totalement injuste – par ignorance toujours, par malveillance parfois – qu’elle en est entièrement responsable. La pression est grande pour qu’elle se taise, s’autocensure en permanence, pour cacher sa souffrance et ses symptômes et ne montrer qu’une façade parfaite, hyper-adaptée. Dans leur immense majorité, les victimes sont extrêmement courageuses, très cohérentes et d’une grande rigueur intellectuelle. Elles sont contrairement aux apparences très fortes et d’une solidité à toute épreuve. Et elles n’ont attendu personne pour développer des trésors d’intelligence, de réflexion, de capacités d’analyse et d’observation, et d’ingéniosité pour survivre malgré tout, pour aimer malgré tout, et pour avancer dans la vie, sans jamais renoncer à rechercher à tout prix la vérité, et sans jamais renoncer au respect d’autrui et à la justice.

Le cyber harcèlement c’est ça: le silence. Notre propre silence, celui des autres.

P.S: J’ai, ici, dans cet article pour mettre l’impact sur le harcèlement reprit des paroles du:

Dre Muriel Salmona

psychiatre-psychotraumatologue, 

responsable de l’Institut de victimologie du 92,

présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie.

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